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© Gabriele Vitella

Un blog qui veut être un café avec les Muses.

Sans l’Art, nous ne pourrions pas être vivants.


 
  5 Decembre 2025

 
  La Renaissance
d’une Sérénade de Scarlatti
 
 

 

Il est rare d’assister à la restitution d’une œuvre qui, bien qu’enracinée au cœur du Seicento napolitain, nous parvient avec l’aura subtile des choses perdues et retrouvées. La sérénade à trois voix Clori, Lidia e Filli d’Alessandro Scarlatti, redécouverte par Elia Pivetta en collaboration avec Simone Vallerotonda, appartient précisément à cette catégorie fragile et lumineuse : un unicum au sein du vaste corpus scarlattien, conservé dans une source unique à la Bibliothèque du Conservatoire Royal de Bruxelles, et presque certainement liée à une occasion précise — la fête de l’Octave du Corpus Domini en 1701, célébrée à Naples dans le Palais de la Poste.

Un bref témoignage contemporain, rapporté par la Gazzetta di Napoli du 7 juin, nous révèle que cette soirée se conclut « avec des voix choisies et de nobles instruments », et la mention du « Regio Mastro di Cappella Scarlatti » suggère une atmosphère de splendeur musicale que la partition redécouverte laisse percevoir à chaque page.

 

Structure et unicité de l’œuvre
L’effectif prévu — deux sopranos et un contralto, deux violons, alto, luth et continuo — dessine un microcosme narratif où l’alternance typique des récitatifs, airs et duos est entrecoupée de fréquents ritournelles instrumentales, signe d’une écriture vive, théâtrale, pleinement immergée dans l’esthétique affective de la fin du Seicento.

Mais l’élément le plus surprenant demeure le luth obligé : dans un air central, le luth engage un véritable dialogue concertant avec la voix de Filli, pour répondre ensuite au concertino des cordes et du clavecin. C’est un choix inhabituel pour Scarlatti, qui semble ici vouloir élever un instrument généralement relégué au plan ombragé du continuo à la dignité de protagoniste.
Ce détail suffit à lui seul à expliquer pourquoi cette redécouverte n’a rien de secondaire : nous sommes face à un fragment expressif capable de modifier notre perception même de la manière scarlattienne de concevoir la voix et la couleur instrumentale.

 

La tournée de la renaissance
De son début moderne au Bologna Festival à Musikàmera (Venise), le cycle de concerts a progressivement façonné un langage interprétatif de plus en plus en affinité avec l’esprit de la partition. Les étapes ultérieures d’Udine, Messine et Lamezia Terme ont consolidé cette lecture, la conduisant vers sa destination naturelle : Rome, dans le cadre intime et symbolique du Réfectoire des Minimes à la Trinité-des-Monts.

C’est un parcours qui révèle à quel point une partition « nouvelle » — nouvelle pour nous, ancienne par son origine — a besoin de respirer entre les mains de ses interprètes, de mûrir dans les couleurs, les agogiques, le phrasé.

 

Le rôle des Bassifondi et la main de Vallerotonda
Cette renaissance ne peut être comprise sans considérer l’identité artistique des Bassifondi, ensemble fondé par Simone Vallerotonda pour explorer un répertoire réunissant luth, théorbe, guitare baroque et continuo dans une perspective philologique attentive aux sources, aux traités de diminutions et à l’improvisation comme noyau vivant de la pratique du XVIIᵉ siècle.

La signature de Vallerotonda — résultat d’une formation solide et d’une recherche philosophique et musicologique personnelle — réside dans sa capacité à conjuguer : rigueur des sources, nature rhétorique, intelligence théâtrale, sens raffiné de la couleur et du mot.

Choisir d’aborder une sérénade aussi complexe, au profil si singulier, révèle une pensée musicale capable de lire Scarlatti au-delà du cliché de l’opéra pastoral, en mettant en lumière sa veine la plus expérimentale.

 

Les trois voix en scène
Le triangle pastoral confié à Valeria La Grotta (Filli), Gaia Petrone (Clori) et Francesca Boncompagni (Lidia) réunit trois identités vocales très différentes, mais unies par un dénominateur commun : une profonde familiarité avec le répertoire italien du XVIIᵉ siècle.

La Grotta, avec sa ligne limpide et contrôlée, possède la souplesse nécessaire pour soutenir le dialogue avec le luth obligé ; Boncompagni apporte la précision stylistique acquise dans le répertoire baroque européen ; Petrone donne densité et centre à la tessiture plus grave, trouvant dans la couleur contraltile un équilibre rare.

C’est un ensemble vocal apte à affronter une écriture de chambre qui exige précision et flexibilité douce : non pas « des voix au-dessus des instruments », mais des voix respirant à l’intérieur du tissu instrumental.

 

Le concert de Rome
L’étape romaine du Roma Festival Barocco, le 4 décembre 2025, a constitué le dernier chapitre d’un parcours interprétatif ayant reconstruit un fragment important de la production scarlattienne.
Dans un lieu chargé d’histoire comme le Réfectoire des Minimes, la sérénade — née pour une célébration sacrée et destinée à un public aristocratique habitué aux raffinements de l’écriture vocale napolitaine — a retrouvé cette dimension d’intimité rituelle pour laquelle elle avait été conçue.
L’écoute romaine a confirmé ce que cette redécouverte laissait déjà entrevoir : que Scarlatti n’est pas seulement un monument du baroque italien, mais un compositeur encore capable de surprendre, de déplacer le centre de gravité, d’écrire des pages où la couleur du luth, la souplesse des voix et la grammaire affective s’entrelacent dans un équilibre irrépétible.

 

 
 
Gabriele Vitella
 
 


Notes du spectacle :

RÉFECTOIRE DES MINIMES – TRINITÉ-DES-MONTS
4 décembre 2025

« CLORI, LIDIA E FILLI »
de Alessandro Scarlatti
Sérénade pour trois voix avec instruments
(édition moderne de Elia Pivetta avec la collaboration de Simone Vallerotonda)

Interprètes :

Filli – Valeria La Grotta, soprano
Clori – Gaia Petrone, contralto
Lidia – Francesca Boncompagni, soprano

Ensemble
I Bassifondi
Simone Vallerotonda, luth et direction
Ana Liz Ojeda, violon I
Mayah Kadish, violon II
Pietro Meldolesi, alto
Alessandro Palmeri, violoncelle
Andrea Coen, clavecin

 

VERSION ITALIENNE

 

VERSION ANGLAISE



 



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